Coup de cœur - Digger de Alejandro Iñárritu, ou La chute de l’empire américain

Digger Rockwell, Américain bien trempé et accessoirement magnat du pétrole, va causer une catastrophe climatique sans précédent. Avec la complicité du gouvernement américain, il va se présenter comme unique solution au problème. Dans ce récit, Iñárritu, réalisateur mexicain qu’on ne présente plus, s’attaque à l’hégémonie américaine et à son système : le capitalisme. Sous la forme d’une satire, il caricature ou si peu, les adorateurs du pétro-dollar. A la question sommes-nous gouvernés par des imbéciles ? Il répond oui et plus fort que jamais, on y voit un président dans l’excès, un vice-président pétochard et un ministre des armées va-t-en-guerre. Fiction ou réalité, le doute est permis. Mais revenons à Digger Rockwell, interprété si brillamment par Tom Cruise qu’il éclipse tous les autres personnages. Et qui de mieux que Tom Cruise pour représenter l’impérialisme américain, lui qui s’est fait connaître comme le visage de l’Amérique dans Top Gun, en plein ère Reagan. On peut saluer au passage le travail des maquilleurs et maquilleuses qui le rendent presque méconnaissable. Tom Cruise, qui livre ici peut être sa meilleure performance sinon une des meilleures, nous montre le plus abominable des industriels sous la forme d’un Papi et laisse entrevoir les failles d’un personnage ou d’un acteur. Face à cet exercice difficile qu’est la caricature, il reste juste même quand il surjoue. Une prouesse périlleuse réalisée avec brio, si bien que les autres comédiens et comédiennes peinent à suivre donnant l’impression que Tom Cruise porte le film à lui tout seul. Peut-être est-ce intentionnel puisque Digger en est le sujet principal ?
En tout cas un film où l’on retrouve du BirdMan mais aussi un peu de Wes Anderson. Iñárritu et son directeur de la photo, Emmanuel Lubezki, ont su ramener des couleurs que je n’avais plus l’habitude de voir au cinéma. On y voit des décors étonnants dont le seul défaut est qu’on ne les voit pas assez. On pourrait s’attendre à un carton donc. Et pourtant le film semble avoir fâché les Américains car son box-office a le pire démarrage de la carrière de Tom Cruise avec seulement 8 millions de dollars pour un budget estimé à 180 millions. Iñárritu aurait-il tiré sur la corde sensible ? Il est vrai que le film en fait peut-être trop, le rendant un peu lourdaud. Mais son objectif n’est-il pas celui d’oublier la subtilité pour nous impacter encore plus ? Iñárritu ne cherche-t-il pas à nous questionner sur notre rôle de spectateur ? D’après les critiques américaines, un film à laisser de côté. Pour les critiques du reste du monde, un film à prendre et plus qu’il n’en faut. À vous de voir, à prendre ou à laisser ?…
Rubens Quatrefages-Lenfant




Commentaires