Coup de cœur - Le Maître du Kabuki : le dévouement au sublime.
- Zazie Patch
- 16 janv.
- 2 min de lecture
Derrière la splendeur de l’art théâtral japonais du kabuki, Le Maître du Kabuki de Lee Sang-il raconte une histoire de sacrifice, de beauté et de vies consumées par l’art. À travers cette épopée qui traverse plusieurs décennies, des années 1960 aux années 1990, on suit Kikuo, un jeune garçon confié à un grand acteur de kabuki après la mort de son père, chef de gang de yakuza. Il grandit au côté de Shunsuke, le fils de ce maître. Les deux garçons deviennent à la fois amis, unis par leur amour de la pratique du kabuki, mais aussi rivaux dans l'entraînement rigoureux qu'ils suivent. Très vite, une différence fondamentale les sépare : Shunsuke appartient à une lignée prestigieuse, tandis que Kikuo n’a que son art pour se protéger et pour s’imposer dans un monde fermé, régi par la tradition et le sang.

L’émerveillement du jeune Kikuo face au kabuki est profondément touchant. Dès sa première représentation, son regard s’illumine, comme s’il découvrait un monde qui allait désormais définir toute sa vie. Le film transmet magnifiquement cette fascination pour cette forme de théâtre, où des acteurs masculins incarnent des rôles féminins. La beauté des gestes, la lenteur maîtrisée des mouvements et de la parole, le maquillage blanc, les costumes somptueux rouges et dorés émerveillent. On ressent à quel point cet art est à la fois sublime et écrasant.
Les deux jeunes hommes gravissent les échelons de la célébrité, jouant dans des salles de plus en plus grandes et spectaculaires. Mais la consécration de Kikuo à la perfection a un prix. Plus il devient célèbre, plus il s’éloigne des autres. Entre scandale et trahison, sa quête pour devenir le meilleur acteur de kabuki dévore sa vie entière.
Dans un moment captivant du film, Kikuo, seul la nuit, dansant sur un toit, le maquillage brouillé, se demande à quoi il s’est réellement donné. Ce plan serré sur le mouvement de son visage, éthéré et intime, révèle la tension intérieure du personnage et la culmination de tout ce à quoi il a dédié sa vie. Dans ce drame profondément beau et complexe, le récit de l'aboutissement de toute une vie rappelle la plénitude et l'intensité de l'existence humaine.
Zazie Patch




Commentaires